Blog French in London - un Francais à Londres par Jean-Remi Baudot header image 1

Le jour où il a fallu rendre son badge (un an après)

mars 9th, 2010 · No Comments

tube french in london

[ C'était il y a un an. Mon aventure londonienne prenait fin de manière un peu brutale. La crise tout ça... C'était la fin de 2 ans et demi au cœur de la City à observer Londres, cette ville si particulière, à part. Depuis, la roue a tourné. Je suis rentré en France. Après une période en freelance, quelques déboires administratifs avec Pole Emploi, j'ai retrouvé un job à Paris. Bref, life goes on, plutôt bien d'ailleurs et je tenais à faire ce petit clin d'oeil, un an après.]

Bip… Mais enfin, pourquoi ça ne marche pas ? Biip again… Je suis coincé aux portillons du métro sans pouvoir rentrer. Biiip… A une heure d’affluence, ça la fout mal. Biiiip… Je sens que le flot de commuters est en suspens, coupé net dans son élan à cause de moi. Biiiiiiiiiip… Zut, le Monsieur qui garde les portes d’accès se rapproche de moi…

Rien n’y fait… ou peut-être?! Ah oui, désolé, j’essaie depuis une minute de valider mon pass du boulot à la place de ma Oyster Card (le navigo londonien). Regard embarrassé. Où avais-je la tête?!

Peut-être pensais-je au rendez-vous qui allait suivre, mon tête-à-tête avec un avocat pour examiner … [ lire la suite ]

→ No CommentsTags: Editorial / POV · France vs. UK · licenciements à Londres

Quand un voyage Eurostar rime avec galère…

décembre 21st, 2009 · 4 Comments

Petite pensée à tous ceux qui ont été bloqués dans l’Eurostar ces dernières heures. Je me souviens aussi de quelques sombres traversées qui rappellent une fois encore que l’Angleterre est bien une ile

3e jour sans Eurostar. Aux dernières nouvelles, mêmes les réservations sont suspendues. Les politiques s’en mèlent. Guillaume Pépy est reçu à l’Elysée… Bref, bon courage à ceux qui souhaitent rentrer pour les fêtes.

Pour suivre les dernières infos, consultez le site EUROSTAR ou les commentaires de ce post !

→ 4 CommentsTags: Editorial / POV · News / Actu · Vivre à Londres

Tôt ou tard s’en aller (a goodbye post)

juin 4th, 2009 · 41 Comments

Voilà, je crois qu’il est temps de refermer ce blog. Il aura marqué mes années Londres. Peut-être même aura-t-il été témoin des dernières années du Londres “finance”. Qui sait ?! La nouvelle ère sera-t-elle seulement différente ?

J’ai commencé à écrire ces mots sur le bateau qui quittait Douvres. Dernier aller-retour Paris-Londres que j’ai voulu en voiture et en ferry. Lassé de l’Eurostar? Peut-être. Mais surtout, il me fallait probablement cette coupure, cette route, la M20 depuis Londres, l’attente, l’embarquement sur le ferry, et cette atmosphère de pause avant de m’investir ailleurs. Autrement.

Le ferry garde ce charme désuet. L’attente a du bon. Mon impatience virtuose en prend un coup, ça n’est pas plus mal. Et puis voyager au milieu des routiers, des bus de collégiens et des retraités scotchés aux duty free et aux machines à sous, ça permet de ne pas oublier que la vie ne se résume pas aux paillettes éphémères de La City.

Ci-ty, ton univers impitoyaaaaable

Je crois qu’une des choses que je garderai de Londres, c’est mon intrusion dans ce monde si particulier de la finance. Palpitant. Grisant. Attention, je n’étais pas trader, je n’ai jamais joué ni gagné des millions mais j’ai baigné dans ce monde qui brasse des milliards. Et à parler de gros chiffres toute la journée, je réalise qu’il est facile d’en perdre la valeur.

Il faut une bonne dose de recul (et certainement un entourage déconnecté de ces questions) pour garder un peu les pieds sur terre. On en viendrait presque à légitimer les bonus déments, les crédits refusés et autres petites perversions de notre économie financiarisée.

Alors oui, il est temps de refermer ce blog et de rentrer. Une flopée de mes collègues ont fait ou vont faire la même chose. Rentrer dans leur pays: France, Espagne, Italie… comme si finalement nous étions un certain nombre à attendre ce licenciement pour aller vers autre chose. Ailleurs.

Mind the gap between the train and the platform

Fondamentalement, la rapidité des départs des uns et des autres montre peut-être aussi à quel point Londres et la Grande-Bretagne n’ont jamais été pensés dans notre cas comme un asile de long terme. Peut-être pas si loin de ces séjours estudiantins à l’étranger où on vit en sursis, profitant plus que s’intégrant réellement.

C’est la différence que je fais entre “expatrié” et “immigré”. Le projet. Le long terme. La volonté de s’installer, tout simplement.  Notre mode de vie avait ses limites. Il est possible qu’après deux ans et demi, ces limites aient été atteintes. Un projet de vie a besoin de plus qu’un travail et qu’un certain confort financier. Ceux qui vous disent le contraire feraient mieux de rester un peu moins tard au boulot le soir.

Restent les souvenirs et la nostalgie instantanée. Il est difficile de tirer un trait sur plusieurs années baignées dans une culture et une ville comme Londres… Il me faudrait plus que ce blog pour énumérer les milliers de choses que j’ai adorées à Londres. Tous ces détails du quotidien, toutes ces couleurs, ces atmosphères, ces gens croisés, ces expériences…

Reprendre une vie normale

Dans l’Auberge espagnole, Romain Duris parle de Barcelone, la nouvelle ville où il arrive. Il parle de ces rues et de ces perspectives que bientôt il connaitra, il maitrisera. Après deux ans et demi à Londres, j’aurais envie d’aller encore au delà de bien des rues, de bien des perspectives de cette ville incroyable. Un auteur britannique disait d’ailleurs « Londres offre tout ce que la vie peut offrir et quand un homme est las de Londres, il est las de la vie ». J’aurais encore de la marge.

Quitter Londres ? Quitter l’étranger ? Voilà une étrange pensée.  Il est temps de quitter le “london network” sur facebook. Il est temps de virer sa oyster card de son portefeuille. Il est temps de reprendre une vie normale.

La vie d’expatrié a cet avantage de vous rendre un peu singulier dans un environnement différent. Il est temps de rentrer un peu plus dans le rang. Voilà peut-être pourquoi j’ai un peu trainé à écrire ce dernier post.

Thank you very much.

Alors, ce blog. Comme je l’avais annoncé, je vais le laisser en ligne mais il n’y aura plus de nouveaux posts. Je vous invite néanmoins à refaire un tour dans les archives. Certaines me collent toujours au corps (au cœur et encore).

En vrac, je vous parlerais du post sur le Shopping de Noël, de celui où j’ai dû rendre mon badge, celui de mon passage éclair chez le médecin, celui où je parlais des traders et des escort girls ou encore de celui sur le merveilleux Flower Market, non loin de Brick Lane !!

Bref, merci à tous ceux qui tout au long de ces deux ans et demi ont permis à ce blog d’exister, de grandir, de fédérer parfois et d’opposer aussi. Merci à ceux qui ont souvent commenté, avec sincérité et force. Cédric, Morgan, Elodie, Yorgos et ses potes, réactionnaire, Arnaud et tous les autres.

Merci à Marie-Do pour ses relectures patientes. A l’équipe de Libé. Merci à Boris pour la mise en expo des photos de ce blog et j’en oublie. A tous, à bientôt ici ou ailleurs !

Jean-Rémi (a.k.a French in London)

→ 41 CommentsTags: Editorial / POV · France vs. UK · Vivre à Londres

Que faire de ses économies en livres sterling?

mai 13th, 2009 · 42 Comments

Petit détail pratique avant de quitter l’Angleterre… Que faire de ses livres sterling ?! Je veux dire, que faire avec une monnaie qui a perdu le tiers de sa valeur en un peu plus de deux ans. A mon arrivée, on échangeait une livre contre 1€48. Aujourd’hui, on est péniblement autour de 1€10. Certains parlent encore de parité euro-pound….

Il est vrai que pour qui passe sa vie en Grande-Bretagne, la chute de la livre n’a pas franchement d’impact. Mais si le sujet a été régulièrement abordé sur French in London, c’est que pour ceux qui voyagent beaucoup hors-zone pound, le pouvoir d’achat en a pris un sérieux coup.

Exemple pratique: vous avez un petit bas de laine de £1.000 (youhou!!). Au 19 janvier 2007, vos économies représentaient 1.526 euros. Au 13 mai 2009, elles ne valaient plus que 1.111 euros!! Soit une différence de plus de 400€!! Alors quels sont vos “trucs” pour ne pas y perdre au change (au propre comme au figuré) ? Voilà quelques idées.

Système D. / Système Devise

Il faut d’abord être prudent. Car quand on regarde les taux de change sur internet ou sur telle ou telle chaine financière, on voit le taux du marché monétaire. Pour faire simple : le taux officiel. Ce taux n’a rien à voir avec celui que vous aurez dans votre bureau de change.

Les commissions et autres frais font rapidement chuter les taux effectifs. Par exemple, à la Barclays où je suis, quand vous voyez £1=1€12 sur le marché, eux vous proposent… £1=1€06. Ça ne paraît pas dramatique comme différence mais multipliez ça par plusieurs centaines de livres et ça vous coupera l’envie d’acheter des euros.

Il faut donc s’organiser pour éviter lesdites commissions. Ces derniers mois, j’étais devenu spécialiste de l’import-export familial. Une pratique un peu compliquée, voire super-laborieuse mais qui me permettait de gagner des euros sur mes comptes français sans trop y perdre en commissions lors du change.

En fait, j’étais devenu le cousin d’Amérique qui, à l’époque, revenait les bras chargés de Levi’s et autres polos tant ils coûtaient moins chers aux USA. J’achetais en UK des articles souvent bradés (récession et soldes obligent) comme du matos photo, des fringues ou du matériel de bricolage (?!!!!!!). Je les revendais au taux du marché en France contre des euros. Laborieux je vous le disais, efficacité assez limitée. Bref, c’était plus pour le fun.

Traditionnels bureaux de change

Une solution évidemment plus simple consiste à faire le tour des bureaux de change. Il y en a autour des gares ou sur les grandes avenues. A Paris, j’avais trouvé des dollars pas trop chers du côté d’Opéra. A Londres, on m’a dit que le Mark’s and Spencer de Moorgate faisait des taux intéressants.

C’est bien mais encore faut-il avoir envie de se trimballer avec des liasses de billets. D’autant qu’encore une fois, vous n’échappez pas aux commissions. Lisez bien les petites lignes des bureaux de change autour de l’Eurostar qui vous propose leur “commission free”. C’est souvent sur l’argent que vous rendez après un voyage qu’ils ne prennent pas de commissions… sur la petite monnaie quoi.

Les plateformes de forex

Reste des solutions plus adaptées, moins fatigantes et plus rentables. Je viens de tester une plateforme par internet qui offre du trading monétaire. Le principe : vous vous inscrivez sur le site et le jour où la Livre vous satisfait, vous appelez votre dealer, vous convenez d’un taux et quelques virements plus tard, vous recevez vos euros.

Ca parait simple. Mais bon, quand il s’agit de transférer de moyennes ou de grosses sommes, vous conviendrez que passer par un site web n’est pas le plus rassurant. J’ai suivi les conseils d’un pote de chez UBS qui l’avait déjà utilisé (voir plus d’infos ici) et honnêtement, jusqu’à recevoir mes euros 24h plus tard, j’ai gardé mes doigts bien bien croisés.

Le bon truc, c’est que si vous transférez plus de £5.000, vous ne payez aucune commission. Et plus vous transférez, plus vous pouvez négocier pour vous rapprocher du taux du marché. Pour le test, j’ai transféré £5.000 livres et j’ai eu un taux à 1€10 (contre 1€11 sur le marché au moment de la commande). Je ne doute pas qu’un type avec de vrais talents de banquier et un gros paquet de billets pourra obtenir mieux. A étudier.

Solution ultime : garder vos livres !!

Reste la solution la plus sage : ne pas toucher à ses livres sterling tant qu’on n’en a pas besoin. Attendre que ça remonte ! C’est ma position. Les livrets d’épargne n’étant pas si mauvais en Grande-Bretagne, il peut être intéressant de laisser ses quelques économies fructifier outre-Manche. En février, j’ai trouvé un livret à 6% à la Barclays, plafonné à £3.000. C’est déjà ça.

Vous pouvez aussi ouvrir un compte en livre sterling en France dans votre banque pour avoir vos fonds à dispo. Mais si ces comptes sont gratuits, je serais étonné qu’ils soient rémunérés. A quoi bon (d’autant qu’il faut faire attention aux taux de change appliqués par votre banque le jour où vous voudrez les convertir en euros) !

Il est possible que vous ayez d’autres techniques. Moins laborieuses. Plus rentables. Nos amis banquiers qui ont des comptes offshore ont peut-être d’autres solutions. Les gars, c’est le moment de balancer vos bons tuyaux !!

→ 42 CommentsTags: Finance / Money · Vivre à Londres

Irréconciliables Français de France et de l’étranger?

mai 11th, 2009 · 58 Comments

La scène se passe il y a quelques semaines. Je discute avec Stanislas. Comme moi, il est Français, il a moins de 30 ans et il habite à Londres. Lui est banquier. Avant Londres, il a vécu à New York et dans le Golfe. Il présente tous les stigmates du type sorti d’école de commerce qui commence sa carrière en fanfare dans la finance. Respect.

Un verre à la main, on parle de Londres, des quartiers que l’on préfère, des bars sympas etc… J’en viens à lui dire qu’un jour prochain, je rentrerai en France. Regard en coin. C’est là qu’il me sort en substance que jamais oh grand jamais il ne remettra les pieds dans l’Hexagone.

Ah bon? Oui, tu comprends, les impôts, les fonctionnaires, ce pays incapable de se remettre en question… Rien ne servait d’argumenter. Je m’en retournais remplir mon verre déjà plein.

French vs. French, le match

Le cas est à peine caricatural mais il reflète une petite partie de ces expatriés (immigrés?) pour qui la France reste le symbole de l’archaïsme étatisé. Le plus intéressant est que certains d’entre eux n’ont pas habité en France depuis plusieurs années ce qui, à n’en pas douter, leur offre une légitimité à peine biaisée à prendre position sur ces questions.

La France, ils en ont un souvenir aigre-doux entretenu par l’image relayée par les médias. Et voilà untel (en UK depuis 10 ans) qui s’improvise spécialiste des mouvements sociaux ou unetelle qui donne son avis sur des hommes politiques dont elle n’a jamais entendu un seul discours. Le cliché est trop tentant. Les Français sont forcément adeptes du moindre effort, des 35 heures, de la bureaucratie, etc…

Ainsi, ils sont nombreux à ne pas voir les réformes, les changements de mentalités… même deux ans de Sarkozy n’auront pas changé leur analyse…

La France de l’étranger, tu l’aimes ou tu la quittes !

Mais le Français de l’étranger n’est pas le seul dans ses clichés. Le Français de France est aussi très souvent installé dans sa certitude qu’un type qui a quitté la mère patrie est forcément (ou du moins en partie) un enfoiré.

Combien de fois sur ce site me suis-je pris des messages insultants de lecteurs aigris de savoir des Français installés ailleurs qu’en France. Combien de commentaires énervés voire haineux n’ai-je pas relevé?! Combien de “mais restez y à l’étranger”, “la France a-t-elle vraiment besoin des Français de l’étranger?” ,“on devrait vous retirer la nationalité française” … sans compter les messages de personnes se réjouissant de mon licenciement sous prétexte qu’habitant à Londres, j’étais forcément un banquier qui allait rentrer toucher des ASSEDIC en France sans y avoir cotisé…

C’est comme si pour certains Français de France, le Français de l’étranger était obligatoirement parti pour des raisons fiscales. Ou pour faire fortune. Ou les deux. Bref, la dimension sociale, affective, aventureuse, amoureuse ou même professionnelle ne semble pas lui traverser l’esprit.

Je pourrais passer des heures à exhumer ces clichés, glanés au fil des commentaires de French in London. Le Français de France révolutionnaire et le Français de l’étranger individualiste. La vérité, c’est que les incompréhensions de ces deux jumeaux assis dos à dos ne permettent pas/plus une réelle communication. J’ai des doutes sur le fait que ce blog ait seulement permis d’ouvrir des débats sereinement.

Pire qu’un match Paris-province

En tant qu’expatrié, j’ai toujours ressenti ces critiques comme profondément injustes d’un côté comme de l’autre. Être critiqué sur le simple fait d’être parti n’a pas beaucoup de sens, c’est la négation même de la liberté individuelle, de la libre circulation européenne, etc… Mais à l’inverse et malheureusement, j’ai toujours trouvé malsain ce besoin de certains expat’ de cracher sur leur vie passée pour mieux assumer la nouvelle. Celui qui reste est donc forcément un loser.

J’ai toujours aimé vivre en tant qu’étranger ailleurs (et j’espère y regoûter un jour) mais je n’ai jamais eu besoin de légitimer mes choix en dénigrant ceux des autres. Pour qui s’expatrie en conscience, quitter son pays est une forme de renoncement. Le grand saut vers autre chose. Alors oui, c’est évidemment plus simple de vivre à Londres qu’ailleurs, mais vivre loin de son lieu de naissance n’est pas un acte anodin. Pas la peine d’en rajouter avec des rivalités ridicules.

L’exil comme élixir de désamour ?

Quoi qu’il en soit, qu’on habite à des milliers de kilomètres ou pas, on sait que s’il est prolongé, l’exil joue un rôle de filtre. On fantasme son environnement passé et le fossé culturel se creuse. On stigmatise les défauts ancestraux (et présumés) des uns et des autres. De ceux qui sont restés et de ceux qui sont partis.

Cela peut, en partie, expliquer l’attitude de certains expat’. D’autant que ça n’a rien de franco-français. C’est un peu comme ces immigrés du Maghreb qui vivent en France dans une culture traditionnelle orthodoxe sans voir que dans leur propre pays d’origine, les coutumes se sont modernisées!

Bref, on ne mettra pas les gens obtus d’accord, qu’ils soient Français de France, de l’étranger ou d’ailleurs mais ce blog aura probablement cristallisé cette incompréhension réciproque et ce trait bien français qui est de râler et de donner des leçons. Ca manque de fraicheur, de recul et de bienveillance. L’ouverture d’esprit n’est définitivement pas la chose la mieux répartie…

→ 58 CommentsTags: Editorial / POV · France vs. UK · Vivre à Londres

Sommes-nous tous devenus franglais ?

avril 24th, 2009 · 121 Comments

A quelques semaines de mon retour définitif en France, il y a un mea culpa qui s’impose. Longtemps, je me suis gentiment moqué des Français qui passaient leur temps à mélanger le français et l’anglais pour vomir une espèce de langage personnel aux teintes de yaourt. Je réalise aujourd’hui qu’on y vient tous plus ou moins.

Il me semble que c’est difficile à envisager tant qu’on n’a pas vécu à l’étranger un bon moment. Mais à être baigné 24h/24 dans une langue et une autre culture, on en vient à penser dans la langue, à rêver dans la langue… Et les conversations du quotidien faites de “anyway… you know… sure thing… let’s meet ASAP…” s’infiltrent rapidement dans la langue d’origine. Selon moi, il ne faut pas excuser ce langage vicié parfois insupportable mais on peut essayer de comprendre son origine.

Le franglais comme signe d’acculturation ?

Alors, d’où vient cette propension à parler une troisième langue ? La facilité ? La paresse ? Le style ? Peut-être un peu des trois. Mais surtout, l’habitude. A parler anglais toute la journée, on en vient à avoir des mots anglais plus facilement en tête. Ça vient souvent plus vite, allez comprendre. Cela permet aussi de s’épargner le besoin de chercher le vocabulaire dans sa propre langue maternelle.

Les linguistes et sociologues pourront me contredire mais il me semble que c’est un signe d’une certaine acculturation (quand le contact entre deux cultures entraîne des modifications dans les modèles culturels initiaux de l’un des deux groupes). Peut-être même est-ce le signe d’un début d’intégration ? D’assimilation ?

Le drame est selon moi quand on franchit la limite du raisonnable. Vous en connaissez tous, j’en suis sur, des gens hyper cools qui parlent comme ça : “tu comprends, you know, this is just l’histoire d’un business qui a marché. A guy who actually a réussi. C’est ça qui est fantastic in the UK. You come and bam, tu fais ton business!”… Et je caricature à peine.

Faut-il avoir peur du mimétisme culturel…

Certains puristes verront derrière cette tendance l’illustration d’un impérialisme linguistique de l’anglais sur les autres langues et singulièrement le français. Je ne suis pas un fervent défenseur d’une langue française figée qui ne devrait plus évoluer. Je ne crois pas non plus tellement dans les traductions souvent ridicules des expressions anglaises (podcast ou baladodiffusion ?) mais sommes-nous encore capables de nous exprimer correctement?

Qui parmi les Français de Londres sait comment on appelle un “shift” en français? Un planning horaire? Qui sait encore que “casual” peut souvent être remplacé par “décontracté” ? Je sais bien que c’est plus cool de parler à moitié en anglais, une pinte à la main mais c’est comme si, à l’usage, en dans un élan de paresse intellectuelle, on perdait notre vocabulaire !

Je me souviens de ce prof à la fac qui m’avait interpellé sur le langage texto (que sincèrement j’ai du mal à comprendre). Il me disait que, selon lui, qu’importe qu’on puisse déformer/détruire le langage. L’important était que l’on puisse continuer à communiquer.

La forme est-elle plus importante que le fond ? Faut-il dramatiser ? Quand mes potes marocains parlent un français où un mot sur 4 est de l’arabe (ou l’inverse), est-ce qu’ils se prennent des réflexions “oh, comme tu te la pètes?!!!”

Bref, let me know ce que ça vous inspire !

→ 121 CommentsTags: France vs. UK · Vivre à Londres

Londres soigne son image dans la presse

avril 21st, 2009 · 10 Comments

Alors que le Royaume-Uni a été touché par la crise bien avant la France, la question du rebond de son économie se pose sérieusement à l’heure où les bourses européennes et mondiales semblent reprendre gentiment confiance.

Un rebond, ça se fabrique dans les faits, dans les chiffres de l’emploi et de la consommation… mais ça se joue aussi dans l’imaginaire. Évidemment on attend 3,2 millions de chômeurs en UK en 2010. Évidemment, le marché immobilier est à plat et la finance peine à panser et à repenser ses plaies. Mais le plus intéressant, c’est que Londres garde dans la presse française son image de cité conquérante où tout reste possible.

Londres, la Une des fonds de tiroir

Deux grands magazines français viennent d’ailleurs de faire leur Une sur Londres, le Nouvel Obs et Télérama (oui vous savez, c’est le marronnier annuel qui ressort comme le classement des hôpitaux, les meilleures prépas et autres révélations sur les francs-maçons). Et bien dans ces deux mag’, on retrouve cette idée que Londres plie mais ne rompt pas.

On retrouve l’idée que la Perfide Albion renaitra toujours de ses cendres comme après l’incendie de 1666. Si l’on suit le flegme et l’optimisme britannique, c’est possible. D’ailleurs, rares sont ceux qui sont si alarmants/alarmistes de ce côté-ci de la Manche. Le show-off joue à plein. L’auto-persuasion aussi. “Keep calm and Carry on” disait déjà le panneau (un poster de 1939 destiné à rassurer la population en cas d’invasion allemande remis au goût du jour par The Guardian en 2005).

La récession : pas vue, pas crise.

Je me souviens de cette journaliste du Nouvel Obs que j’avais rencontrée en décembre et qui cherchait à l’époque à tout prix des signes du blues de La City. Difficile me disait-elle de trouver des signes réels de la crise, des commerçants qui expliqueraient que “oui, mon activité est en chute libre…” Comme si les discours des économistes, des politiques et les annonces de licenciements n’avaient pas d’impact sur la ville.

Aujourd’hui, c’est probablement plus flagrant. Car la gueule de bois est bien là. Les bureaux et les bars à champagne sont bien vides. Mais Londres est en passe de gagner la bataille de l’image. Celle qui fait défaut à la France depuis bien longtemps. Celle qui demain attirera à nouveau les investisseurs et les jeunes loups de la finance et du reste.

Londres renaîtra. Il se dit ici ou là qu’une nouvelle bulle est en passe de se créer sur l’or et les obligations d’Etat. Il se dit que la mode suit aussi la tendance et que la coiffure trendy est désormais aux cheveux longs (économie de coiffeurs oblige!). Il se dit que c’est le moment de prendre l’Eurostar pour Londres pour dépenser des livres bon marché pendant les soldes. Il se dit que Londres sera au top pour les J.O de 2012. Prenez garde si vous en doutez ! “Honni soit qui mal y pense” disaient déjà les chevaliers british durant la guerre de Cent Ans…

→ 10 CommentsTags: Editorial / POV · Finance / Money · France vs. UK · Vivre à Londres

Message perso avant fermeture…

avril 19th, 2009 · 33 Comments

Quelques lignes un peu plus perso pour une fois. Quelques lignes pour vous dire que d’ici quelques semaines, je fermerai ce blog. Comme certains ont pu le suivre dans les posts précédents, je viens d’être licencié. Un licenciement parmi d’autres dans une ville de Londres largement touchée par la récession.

Comme le suggérait Joni dans un récent commentaire et comme je l’avais laissé percevoir dans des posts précédents, ce licenciement tombe presque à pic pour moi. J’avais prévu de démissionner prochainement pour rentrer en France. Diverses raisons (discrétion, contrat…) m’empêchaient d’en parler publiquement mais avant même d’être viré, mes projets étaient déjà ailleurs. Ça ne rend pas forcément le licenciement plus doux mais d’une certaine manière, ça permet de relativiser.

Car il y a le boulot mais il y a surtout une vie après le boulot. J’adore Londres, j’adorais mon job mais j’aime encore plus la femme qui m’a attendu à Paris durant ces deux ans et demi. Crise financière ou pas, il était temps de rentrer.

Alors pourquoi ne pas fermer le blog tout de suite ? Pourquoi attendre quelques semaines ? Tout simplement parce que j’ai encore quelques détails administratifs à gérer ici et surtout, il me reste encore des sujets à aborder et à partager avec vous.

Ensuite, le site restera en ligne pour les archives mais il n’y aura plus de nouveaux posts. A quoi bon faire un French in London sans être in London. :-)

Allez, à très bientôt pour les derniers posts !

→ 33 CommentsTags: Editorial / POV

Les banquiers de la City appelés à se camoufler

avril 1st, 2009 · 17 Comments

La rumeur tournait depuis plusieurs jours dans la City, par mail principalement. A l’occasion du sommet du G20 de Londres et des manifestations attendues, il se dit que les banquiers (et par extension, tous ceux qui vont normalement bosser en costume) doivent se camoufler… Comprenez : ressembler à Monsieur Tout-le-monde !

C’est donc opération “allons bosser en Jean’s” qui se prépare ici ou là. Tout est bon pour ne pas éveiller les soupçons des altermondialistes, anarchistes et autres syndicalistes, qui prévoient de manifester contre le capitalisme. L’ennemi à abattre, il est évidemment dans la City, il est évidemment financier et il a évidemment une sacoche brodée aux armes de sa banque .

Et tant pis si encore une fois on fait l’amalgame entre La City > Finance > Banquiers > crevards ! J’ai bossé deux ans et demi dans la City, je n’ai jamais été financier et à l’occasion de mon récent licenciement, mon “parachute” s’appelle humblement “indemnités”. Too bad.

La mode est au banker bashing

Il y a quelques jours, Alain Minc rappelait ses “amis de la classe dirigeante” à l’ordre dans le Figaro. Il les appelait à jouer profil bas avec leurs bonus en attendant que la crise passe. Il insistait (avec une image très française) sur le fait que 1789 s’était joué en … 1788. Sommes-nous à la veille du grand soir ? Difficile à dire. En tous cas, la fronde s’organise, surtout en Angleterre.

La semaine dernière, c’est la maison de l’ancien patron de RBS qui était vandalisée. Il faut dire que Sir Fred Goodwin (un nom pareil ça ne s’invente pas!) s’en est quand même foutu plein les poches. RBS est au plus mal et lui part à la retraite avec 700.000 livres par an, l’équivalent de ce que devrait toucher Daniel Bouton (SG) si l’on en croit le site de l’Express.

Alors faut-il en passer par la violence pour dénoncer un système ? J’ai tendance à penser que non mais notre société a besoin de se trouver des bouc-émissaires. Plombier Polonais, patrons voyous … et aujourd’hui banquier à Londres. En quelques mois, le trader est devenu la victime expiatoire qui permet à la société et aux hommes politiques d’éviter de se poser certaines questions.

On frise gentiment le populisme et cette hargne “anti-banquier” ressurgit d’ailleurs sur d’autres populations expatriées (ou immigrées selon les goûts) que sont les Français de l’étranger et singulièrement les Français de Londres (à l’image du débat sur le retour sous Assedic mais on y reviendra).

Demain, on lynche gratis ?

Alors oui, le système financier est parti en vrille. Oui, certains banquiers font preuve d’une arrogance insupportable. Beaucoup (et pas qu’aux niveaux supérieurs) ne touchent plus trop terre au bout de quelques années mais notre monde n’est pas que binaire : les gentils ouvriers d’un côté, les méchants patrons ou avares banquiers de l’autre !

La réalité n’est-elle pas que les mêmes autorités qui tapent aujourd’hui sur les banquiers n’ont pas su/voulu légiférer quand elles auraient pu le faire ? Ok, c’est facile de refaire le passé mais les banques ne sont pas en dehors des lois. Si certains ingénieurs de la finance sont passés maitres dans la capacité à contourner les règles au profit du profit, la règlementation (ou l’absence de règlementation) n’en est pas sans responsabilité.

Ce que je dis ne revient pas à blanchir le rôle de la finance dans la crise mais ça arrangeait tout le monde que les banques fassent du chiffre ! Crédits assouplis, salaires, bonus, impôts, c’était du gagnant-gagnant version Kerviel. C’est le jour où la machine se grippe qu’on pousse des hauts cris.

Alors responsabiliser le capitalisme, je suis d’accord. Faire des G20 pour relancer la machine, pourquoi pas. Encadrer les rémunérations, c’est une idée. Sortir d’un système où la redistribution n’est qu’une théorie, c’est parfait. Mais n’oublions pas qu’être responsable tout court, c’est aussi de ne pas livrer en pâture les banquiers à l’opinion publique sous prétexte de passer au Karcher le système financier. Je ne vois pas ce qu’on gagne à attiser la haine de cette manière.

Certains ont peut-être vu les vidéos de ces militants qui jetaient des boules de neige sur les employés de RBS sur Bishopsgate sous les yeux de la police. Faut-il attendre qu’une pierre fuse pour se poser des questions sur ce mouvement anti-banquier ?

→ 17 CommentsTags: Editorial / POV · Finance / Money · France vs. UK · News / Actu · violence

Une idée de sortie: The 39 steps à Piccadilly Circus

mars 12th, 2009 · 20 Comments

“Allez, ce soir, on sort !!”. C’est pas parce que c’est la crise qu’il faut rester enfermé chez soi! C’est donc sans trop d’idées précises qu’on est allé au TKTS de Leicester Square pour trouver un billet pour le soir même. Pas très motivés par les comédies musicales du moment (et les sempiternelles autres), nous avons opté pour le théâtre et une heure plus tard, on rejoignait Piccadilly Circus pour voir “The 39 steps“.

Certains connaissent déjà plus ou moins l’histoire, “Les 39 marches”… Alfred Hitchcock en a fait un film en 1935. En réalité, c’est tiré d’un roman de John Buchan (publié en 1915). Depuis, plusieurs versions ont existé avec des variations dans le scénario mais l’histoire de base parle d’un Canadien à Londres.

Il s’appelle Richard Hannay et il rencontre une demoiselle qui se prétend poursuivie. Il accepte de la cacher chez lui où il la retrouve finalement assassinée. Craignant d’être accusé à tort, il entreprend un voyage en Écosse pour prouver son innocence…

Au Criterion Theatre, la mise en scène est excellente, visuelle et audacieuse. Les personnages principaux sont entourés de personnages secondaires joués systématiquement par les mêmes acteurs qui changent d’apparence parfois en une fraction de seconde. Impressionnant et vraiment très drôle.

Attention tout de même, ça file à 100 à l’heure et ceux dont l’anglais cale un peu auront peut-être un peu de mal à comprendre l’intrigue et le dénouement mais pour qui veut passer un bon moment (2 heures entracte compris), c’est excellent!

Et vous, vous avez vu quoi récemment au théâtre à Londres ?

————————–

UPDATE // la pièce “Les 39 marches” se joue à Paris avec la même mise en scène jusqu’au 3 janvier 2010 au Théâtre La Bruyère (mise en scène Eric Metayer)

→ 20 CommentsTags: Expo / Exhibition · Movie / Cinema · Vivre à Londres

Le jour où il faudra rendre le badge

mars 6th, 2009 · 29 Comments

tube french in london

Bip… Mais enfin, pourquoi ça ne marche pas ? Biip again… Je suis coincé aux portillons du métro (les tourniquets locaux) sans pouvoir rentrer. Biiip… A une heure d’affluence, ça la fout mal. Biiiip… Je sens que le flot de commuters est en suspens, coupé net dans son élan à cause de moi.  Biiiiiiiiiip… Zut, le Monsieur qui garde les portes d’accès se rapproche de moi…

Rien n’y fait… ou peut-être?! Ah oui, désolé, j’essaie depuis une minute de valider mon pass du boulot à la place de ma Oyster Card (le navigo londonien). Regard embarrassé. Où avais-je la tête?!

Peut-être pensais-je au rendez-vous qui allait suivre, mon tête-à-tête avec un avocat pour examiner en détail les termes de mon Compromise Agreements, mon licenciement. Autant de pages que de petites lignes. Autant de 2.3.5 que de the employee (en l’occurrence, moi). Il va falloir qu’il me parle avec des termes intelligibles sinon on va y passer la soirée…

Peut-être pensais-je à ces derniers jours au boulot. A ces bureaux qui se vident presque anonymement ici ou là sur le floor. A cette ambiance particulière où l’on a l’impression que tout est normal puisque tout le monde travaille et pourtant il règne un parfum de “à quoi bon, vendredi, la moitié d’entre nous est dehors”… Les in et les out se côtoient sans zèle.

Peut-être pensais-je à ce rendez-vous avec une nana des RH ce matin. Voilà trois jours que j’attendais que les conditions du licenciement soient couchées sur papier. Package, dates, couverture maladie, possible coaching pour reclassement, rendre l’Amex… tout y est.

Peut-être pensais-je à ces journées qui s’annoncent. Je ne suis pas sur d’avoir peur de me retrouver sans emploi mais les jours qui vont venir ne ressembleront en rien à ce que j’ai déjà connu. Oh, j’ai déjà été free-lance, j’ai déjà goûté aux joies d’une certaine précarité, celle qui vous ferait presque préférer un CPE aux portes closes… mais tout de même. Il va falloir s’y faire, au moins pour quelque temps.

Peut-être pensais-je tout simplement à mon badge. Pour une fois je l’avais gardé autour du cou en sortant du bâtiment. Je l’avais même gardé à la main, instinctivement. Une dernière communion comme pour mieux s’accrocher à ce qu’il représente encore, pour mieux encaisser la journée de demain où, accompagné de la même nana des RH, je vais devoir le rendre. Je ne tiens pas particulièrement à ce bout de plastique où trône la photo stressée de mon premier jour ici mais quand même… quand même…

Finalement, j’ai pu passer les portillons, mes camarades commuters ont pu reprendre leur course et moi j’ai pu aller à mon rendez-vous.

J’ai eu parfois envie qu’on abrège le mois qui vient de passer, comme un taureau qui attendrait qu’on lui plante un gros pic aiguisé à la base du cou pour abréger son attente. Mais finalement, je ne regrette pas ces derniers moments.

J’en arrive même à porter déjà un regard tendre sur cette aventure chez NOUS. Quand j’y suis rentré, j’y voyais une opportunité d’apprendre, de progresser, de prendre des responsabilités, d’avancer. Aujourd’hui, je suis au pied du mur et mon opportunité, c’est de rebondir, ailleurs, plus loin, plus haut. Et tant pis pour mon badge. A suivre !

→ 29 CommentsTags: Editorial / POV · Vivre à Londres · licenciements à Londres

Comment voyager moins cher en Eurostar ?

mars 2nd, 2009 · 65 Comments

Retour à la normale sur le trafic Eurostar. C’est la fin de six mois de voyages au ralenti. C’est pas grand chose mais rajouter 30 minutes à un trajet (quand on le fait très souvent), ça fait une différence.

J’ai fait quelques calculs… Sur les deux dernières années, j’ai du emprunter plus d’une centaine de fois le tunnel… Soit plus de 250 heures passées assis… Plus d’une dizaine de jours… J’ai écumé toutes les classes, les menus et probablement, une bonne partie des chefs de bord. Il est désormais temps de partager quelques trucs et astuces…

Voyager mieux et moins cher

Le plus simple pour voyager est d’acheter son billet directement sur le site Eurostar. C’est rapide et tellement plus ergonomique que le pénible site SNCF. En théorie, les billets sont tous nominatifs. Les contrôles sont possibles. En cas de fraude, il faut rester à quai ou payer un billet plein pot sur le moment. Voilà la théorie.

En pratique, même si les contrôles sont rares, il peut-être dangereux d’acheter votre billet d’occasion (avec donc le nom de quelqu’un d’autre). Quelques sites et groupes facebook s’en sont fait une spécialité mais c’est comme acheter des billets “-26 ans” si vous êtes plus âgé, la différence de prix n’est souvent pas si dramatique et l’expérience montre qu’en cas de contrôles (a priori plus fréquents sur les billets à tarifs réduit), ça peut faire mal au portefeuille.

Plus on voyage, moins on paie

Ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que voyager sur Eurostar permet de cumuler des points (sortes de Miles) qui ensuite vous permettent de vous payer des billets gratuitement. Il faut pour commencer obtenir une carte Frequent Traveller, disponible dès qu’on effectue un 1 aller-retour à 218€ (ou plus) ou 2 allers à 109€ chacun. Pas si dur. Tout est expliqué ici en détail.

Ensuite, c’est la chasse aux points. L’intéressant, c’est que si les billets sont nominatifs, l’enregistrement des points ne l’est pas. Vous pouvez ainsi cumuler les points de vos amis de passage à Londres ou de toute personne qui ne souhaiterait pas les cumuler pour elle-même. Il faut ensuite 450 points pour “acheter” un billet en seconde (l’équivalent en moyenne de 9 trajets en seconde ou un AR en business).

Voilà pourquoi certains seraient prêts à faire n’importe quoi pour récupérer des points. Avez-vous remarqué ces gens qui tardent à sortir quand l’Eurostar est déjà arrivé ? Ils guettent les billets oubliés sur les sièges. J’en ai vu traverser des trains entiers avant les équipes de nettoyage pour ressortir avec de liasses de billets. Les poubelles sur les quais sont aussi des sources relativement efficaces (quoique pas très classe…)

Il y a aussi les “super motivés”. Ce sont ceux qui notent le numéro d’un voisin endormi qui laisse trainer son billet, ceux qui prétextent récolter des billets à la fin des trajets pour faire des ateliers collage avec des enfants (sic!!) ou ceux qui vous demandent par SMS les références de votre billet à vendre sur Internet pour vous en piquer les points. Tous les coups sont permis.

La Carte Blanche, le Graal absolu…

Car avec le temps, si vous voyagez beaucoup, vous passerez Carte Blanche (après 1500 points cumulés). La Carte Blanche, c’est ce petit bout de plastique qui vous permet lors de vos voyages (même en seconde) d’être prioritaire à l’enregistrement (fini les queues les jours d’affluence) et de jouir du Lounge de la Gare du Nord ou de St Pancras (un espace au calme, normalement réservé aux voyageurs “business”).

Au programme: alcool à volonté, free-food, presse à discrétion, fauteuils confortables, accès à internet… bref le pied avant le départ.

Le filon est tellement prisé que sur certains horaires (particulièrement le lundi matin à Paris), ils doivent refouler des passagers. Adieu croissants et petits pains au chocolat qu’on se met dans les poches pour les manger en seconde.

MISE A JOUR DU 9 mars 2009:

En accord avec Libération, j’ai supprimé la dernière partie de ce post.

→ 65 CommentsTags: Globe-trotter · Insolite · Vivre à Londres

2 millions de chômeurs en UK, et moi et moi et moi

février 26th, 2009 · 26 Comments

suppressions demplois licenciements à londres french in london

+6,3%… voilà la progression du chômage britannique (au sens du BIT) sur les trois derniers moisun sommet depuis 10 ans! Pas tout à fait étonnant quand tous les jours, de nouvelles suppressions de postes sont annoncées. Royal Bank of Scotland, Woolworths… et cette semaine encore, Vodafone qui annonçait le licenciement de 500 personnes en Grande-Bretagne.

A chaque annonce, la charrette grossit. On se rapproche de ce côté-ci de la Manche des 2 millions de chômeurs, une première depuis 1997 (l’année de l’arrivée au pouvoir du parti Travailliste). Pour certains économistes, le nombre de chômeurs pourrait atteindre 3 millions d’ici un an! Industrie, banques, grandes distributions, médias… Tous les secteurs sont touchés.

C’est dans ce contexte que le gouvernement Brown vient d’annoncer qu’il durcissait les critères d’admission des travailleurs non ressortissants de l’Union Européenne afin de donner davantage de chances aux Britanniques à la recherche d’un emploi… Vous savez, “ces étrangers qui nous prennent nos emplois”, ça marche aussi ici.

Le premier jour du reste de nos vies

Chez NOUS, on y voit désormais plus clair. Mon équipe est virée à environ 50%. Une personne sur deux ou presque, voilà le tarif. Je fais partie des employés “at risk” (une formule élégante pour dire qu’à l’issue de la période de “consultation” , on sera mis dehors). Tout est une question de vocabulaire. Officiellement, le groupe fait tout pour nous trouver un poste mais en pratique…

Qu’importe. A titre personnel, ça ne change pas grand chose. Je n’en avais pas parlé ici mais l’ironie, c’est que mes projets étaient déjà ailleurs, autrement, aussi bien professionnellement que personnellement. Ce licenciement inattendu ne fait qu’accélérer le processus. Autant voir le bon côté des choses même si une démission la tête haute est toujours plus gratifiante qu’un licenciement.

Pour le reste, c’est intéressant de voir comment le plan social a été organisé, ou plutôt comment il n’a pas été organisé. On ne compte plus les personnes à qui l’on a parlé d’un poste et finalement… ah non… en fait… soit il est déjà donné à quelqu’un d’autres, soit c’était pas tout à fait celui dont on n’avait parlé… La confusion est totale et le sentiment d’improvisation domine sérieusement.

Intéressant aussi le tri effectué dans notre équipe. Ils ont gardé quelques boss (qui ont été parfois franchement dégradés voire replacés en bas de l’échelle) et les salaires les moins élevés. Une manière probablement d’assainir les grilles de salaires alors que le groupe a toujours eu la réputation de particulièrement bien payer ses salariés.

Expatriés… immigrés… ou loin tout simplement

Bref, c’est bientôt la fin d’une époque. Une page de 2 ans et demi se ferme pour moi. On continue à venir travailler, histoire de… Histoire aussi de partager encore un peu de temps avec les gens qu’on aime bien. Le boulot, c’est aussi la vie. Et pour des expatriés (immigrés selon les goûts), il me semble que cela a aussi un sens particulier.

Je bosse (si si, encore un peu) dans un département où plus de la moitié des gens viennent de France, d’Espagne, d’Italie ou encore d’Allemagne. C’est finalement rare pour nous de croiser un Britannique à notre étage (et encore plus rare un vrai Londonien). Je comparerais bien cela à l’époque où j’étais étudiant ERASMUS (les soirées, l’alcool et les grasses mat’ en moins).

Il me semble que dans ces milieux (presqu’artificiellement) délocalisés, des liens particuliers se créent (par affinité ou/et par obligation parfois). Quand on est loin de chez soi, ces sentiments me semblent d’autant plus forts. Peu perdureront mais tous auront été différents d’une simple relation de boulot dans Paris intra-muros ou ailleurs. Qu’en pensez-vous?

Allez, il nous reste une semaine pour profiter de la caféteria et des taxis gratos le matin. A suivre !

[ lire la suite ]

→ 26 CommentsTags: Editorial / POV · Vivre à Londres · licenciements à Londres

La première valse … (journal d’un futur licencié)

février 13th, 2009 · 89 Comments

Jusqu’ici, tout va bien. Enfin presque. Depuis l’annonce officielle de la restructuration et des fermetures de postes, on a évidemment repris le travail. Business as usual comme ils disent.

On a nommé des représentants dans chaque équipe qui assistent depuis une semaine à des réunions avec les RH et la direction. Il faut tout discuter : les conditions de départ ? Combien de gens ? Quid des retraites ? De la couverture sociale ? Le package ? Etc… Les infos sont plus ou moins claires. C’est comme si le haut de la pyramide improvisait un peu au passage…

Les premiers jours sont passés et finalement, ça ne semblait pas si terrible. On ne pouvait de toutes façons rien faire d’autre que bosser et attendre puisque les rendez-vous individuels n’avaient pas commencé.

Et les rendez-vous commencèrent…

Combien de fois a-t-on entendu ces histoires. Le mec, à son bureau, un coup de fil : “tu peux passer me voir steuplait”, et un départ dans les 5 minutes avec un carton… C’est pas ça… mais presque.

Les rendez-vous ont débuté ce vendredi à 10h et ça commence à tailler. Les noms tombent, les têtes aussi. Rien d’officiel. La nouvelle part souvent d’une rumeur autour d’un bureau. C’est étonnant de voir comme notre floor se peuple petit à petit de groupes autour des ordinateurs. Un festival de conciliabules. On discute à voix basse… on vérifie dans le système informatique le statut dudit licencié “ah il est déjà sorti du bâtiment”… Il se dit que les licenciés se retrouvent déjà au pub en bas. Le rendez-vous des recalés.

Le pénible, c’est que personne ne sait vraiment quand il sera convoqué. On patiente… on est sur pause… Notre étage ressemble désormais à une salle d’attente géante, les magazines people en moins. Les ongles sont rongés. A l’heure où j’écris ces lignes, je ne devrais pas passer aujourd’hui. J’entrevois le week-end-end sans savoir. Great!

Un licenciement peut en cacher un autre.

L’un des boss ici est descendu en meeting. 4 minutes plus tard, il ressortait. Quelques hugs plus tard il levait le camp. Il lui faudra simplement revenir à la fin de la période officielle de consultation pour signer son licenciement. Pour l’instant, à quoi bon rester ici ?!

Il fait partie des 80 à 90 personnes qui seront officiellement licenciées dans notre département (sur un total de 220 sur le site de Londres). Les coupes ont été plus sombres dans les bureaux régionaux. A Paris, Francfort ou Milan, ce sont presque 90% des effectifs qui ont/vont sauter. Opération table rase.

En réalité, tout dépend aussi des législations locales et des effectifs dans chaque bureau. Ici, le chiffre de 80-90 correspond probablement à une spécificité du droit british. Si j’ai tout bien compris, jusqu’à 99 personnes licenciées, la procédure est relativement simple (en tout cas, elle correspond à celle qui a été prévue chez NOUS). Au-delà de ce chiffre, la période de consultation s’allonge, les conditions changent… Je suis pas spécialiste mais c’est ce qu’on m’a expliqué.

80, 90, 99… Pour l’instant! Car le risque, c’est que pour éviter des lourdeurs administratives maintenant, une deuxième vague de licenciement soit organisée plus tard. Techniquement, il semble que ça soit possible dans les mois/années à venir. Histoire d’adapter les capacités de production en deux fois, avec moins d’emmerdes…

Et la valse continue… ma voisine a été appelée. Elle reste. On ne sait pas quel sera son poste mais elle aura une place dans la structure réorganisée. Moi, j’attends. Business as usual…

[ lire la suite ]

→ 89 CommentsTags: Editorial / POV · Expo / Exhibition · Vivre à Londres · licenciements à Londres

Le jour d’après … (journal d’un futur licencié)

février 6th, 2009 · 97 Comments

Le 2e jour est amer. Au coup de massue de la veille, vite effacé par quelques pintes, succède une nouvelle journée de travail. Tout est presque normal sauf qu’on ne sait plus trop bien pourquoi on s’active. Les regards sont plus appuyés dans les couloirs. On se dit “et toi, tu vas faire quoi?” sans se parler. Le bateau coule et les gilets de sauvetage sont sous clés.

Officiellement, les RH ont ouvert une période de consultation de 30 jours durant laquelle, des représentants du personnel fraîchement auto-désignés vont discuter avec la direction. On devrait avoir aussi des entretiens individuels pour savoir qui veut faire quoi, et où, et comment.

Si l’on considère que rien n’est encore décidé en haut lieu (ce qui m’étonnerait bien), notre sort n’est donc pas encore fixé. Certains resteront peut-être. Tout est possible, tout est réalisable. Mais le goût amer persiste. The show must go on, mais bosser un mois sans savoir à quelle sauce on sera mangé se situe entre le masochisme et la méthode Coué écervelée. On en viendrait presque à regretter un licenciement dans les 30 minutes. Heureusement, la bonne ambiance de notre équipe permet de garder le sourire, sincèrement. C’est une chance.

L’euphorie du futur chômeur ?

Au-delà du choc de l’annonce d’un futur probable licenciement (vous voyez, je reste optimiste!), chaque personne réagit de manière très différente. Je ne sais pas si cela tient à la nature de notre boulot et au stress qu’il génère mais pour certains, ce licenciement annoncé a été ressenti comme un soulagement.

Se faire virer, c’est triste, c’est pas pratique, ça tombe jamais vraiment bien… mais c’est peut-être aussi le moment de rebondir. Faire autre chose. Sortir la tête du guidon et se laisser le temps de rêver. Faire un tour du monde. Se Marier ?!!

Une collègue sèchement mise à pied me confiait “si cela ne s’était pas passé, tu peux être sûr que dans vingt ans, j’aurais été à la même place! donc c’est all good. Auto-persuasion ? Certainement. La lassitude joue aussi. Le champ des possibles est désormais infini pour qui sait/peut en profiter.

Car malheureusement, ça n’est l’unanimité! Pour d’autres (probablement la majorité silencieuse), perdre son boulot est un drame. Quand on voit par exemple les aides distribuées en UK, il va falloir vite retrouver quelque chose. La maison, le mortgage et les enfants en dépendent. Il parait que Starbucks continue d’embaucher. Un latté, s’il vous plait…

Un collègue espagnol est déjà en train de préparer son retour dans sa Catalogne natale. C’est le seul endroit où il pourra vivre décemment de quelques allocs en attendant de retrouver un boulot. Eh oui, la France n’est pas le seul pays à faire preuve de solidarité envers ses compatriotes expatriés malheureux. N’en déplaise à certains lecteurs de ce blog, c’est la magie de la mobilité en Europe.

Très vite, arrêter de penser corporate

Et puis perdre son emploi, n’est-ce pas aussi perdre une partie de son identité ? A passer 9h/jour assis à son bureau, on développe des facultés particulières. Je m’explique. Il faut bien s’imaginer à quoi ressemble la vie dans un grand groupe américain comme le nôtre. Chez NOUS, on aime NOUS. On mange NOUS, on boit NOUS, on regarde NOUS, on baise NOUS, on est NOUS.

Vous me direz, il est normal (et c’est comme ça dans toute société) de penser que sa crèmerie est la meilleure. C’est ce qui permet d’être motivé, de se sentir légitime dans son travail. Mais chez NOUS, la culture de l’entreprise, c’est un peu “Je suis bien dans ma société et ma société est bien en moi“. En gros, je suis en symbiose complète avec mon boulot. Et, bien que nous soyons deux êtres hétérospécifiques, il règne une parfaite harmonie entre nous. Elle prend soin de moi et moi je donne tout pour elle (Cogip style).

Bon j’avoue, j’en rajoute vachement. Mais tout de même… tout ça c’est bientôt fini. Il faudra ranger les crayons à papier aux couleurs de NOUS, les cartes de visite NOUS seront à remiser, les t-shirts NOUS ne seront plus fièrement arborés à la salle de fitness, les post-it NOUS ne couvriront plus le frigo…

Je pense qu’il nous faudra tous du temps pour arrêter de penser NOUS. Un sevrage nécessaire et salutaire. Il y a une vie après NOUS, je n’en doute pas. J’ai entendu dire que des centres de rehab ont été créés. Ici, ils appellent ça Job Centre

[ lire la suite ]

→ 97 CommentsTags: Editorial / POV · Finance / Money · Vivre à Londres · licenciements à Londres